{"id":153969,"date":"2026-07-24T11:42:00","date_gmt":"2026-07-24T11:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/africa.ifpri.info\/2026\/09\/09\/la-ou-le-rwanda-perd-ses-haricots-et-pourquoi-cela-commence-avant-la-recolte\/"},"modified":"2026-09-09T11:49:35","modified_gmt":"2026-09-09T11:49:35","slug":"la-ou-le-rwanda-perd-ses-haricots-et-pourquoi-cela-commence-avant-la-recolte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/2026\/07\/24\/la-ou-le-rwanda-perd-ses-haricots-et-pourquoi-cela-commence-avant-la-recolte\/","title":{"rendered":"L\u00e0 o\u00f9 le Rwanda perd ses haricots, et pourquoi cela commence avant la r\u00e9colte"},"content":{"rendered":"<p><em>Par Luciana Delgado, Josue Niyonsingiza, Fantu Bachewe et Audrey Lulu Mandi<\/em><\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a>Points cl\u00e9s \u00e0 retenir :<\/h3>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la r\u00e9colte de haricots du Rwanda est perdue tout au long de la cha\u00eene de valeur. <\/strong>Environ 44 % du volume de la production, et un peu moins de 29 % de sa valeur, disparaissent entre le champ et la vente finale.<\/li>\n<li><strong>Les pertes les plus importantes surviennent avant la r\u00e9colte, et non apr\u00e8s. <\/strong>Environ les trois quarts de ce que les agriculteurs perdent en volume se produisent au champ, \u00e0 cause des ravageurs, des maladies, des mauvaises herbes et des pluies irr\u00e9guli\u00e8res, ce qui remet en cause l'attention habituellement port\u00e9e au stockage et au transport.<\/li>\n<li><strong>Compter la valeur plut\u00f4t que les kilos renverse la perspective. <\/strong>Parce que les haricots gagnent de la valeur en \u00e9tant s\u00e9ch\u00e9s, d\u00e9cortiqu\u00e9s et transport\u00e9s jusqu'au march\u00e9, les pertes post-r\u00e9colte causent le plus de dommages \u00e9conomiques, de sorte que toute la cha\u00eene a besoin d'attention plut\u00f4t qu'un seul de ses maillons.<\/li>\n<\/ul>\n<p><em>Cet article est bas\u00e9 sur une recherche qui n'a pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e par des pairs.<\/em><\/p>\n<p>Au Rwanda, le haricot n'est pas un accompagnement. C'est le repas. Les Rwandais consomment environ 164 grammes de haricots par personne et par jour, l'un des taux les plus \u00e9lev\u00e9s au monde, et presque tous les m\u00e9nages ruraux en cultivent. Les haricots sont des prot\u00e9ines, les haricots sont un revenu, et les haricots ont longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme une culture f\u00e9minine. Il devrait donc nous donner \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir d'apprendre que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de tous les haricots cultiv\u00e9s n'atteignent jamais une assiette ou un client payant.    <\/p>\n<p>Une nouvelle enqu\u00eate de r\u00e9f\u00e9rence de l'IFPRI, men\u00e9e dans les cinq provinces du Rwanda, a cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une question d'une difficult\u00e9 trompeuse : non pas simplement affirmer que de la nourriture est perdue, mais mesurer combien, et d\u00e9terminer \u00e0 quel endroit du parcours elle s'\u00e9chappe. Le chiffre principal est pr\u00e9occupant. De chaque r\u00e9colte, environ 44 % du volume est perdu, ainsi qu'un peu moins de 29 % de sa valeur. Pour une culture de base aussi centrale, c'est une grande quantit\u00e9 de nourriture, et beaucoup d'argent, qui dispara\u00eet.   <\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"443\" height=\"717\" src=\"https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-153856\" srcset=\"https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image.jpeg 443w, https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-185x300.jpeg 185w, https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-37x60.jpeg 37w\" sizes=\"auto, (max-width: 443px) 100vw, 443px\" \/><\/a><\/figure>\n<p><em>FIGURE 1 : Pertes estim\u00e9es de haricots le long de la cha\u00eene de valeur, exprim\u00e9es en part du volume total et de la valeur totale, ventil\u00e9es par producteurs, agr\u00e9gateurs et transformateurs. Source : Figure 7a de l'article. <\/em><\/p>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a>La perte qui cr\u00e8ve les yeux<\/h2>\n<p>Demandez \u00e0 la plupart des gens d'imaginer une perte alimentaire, et ils d\u00e9criront un sac de c\u00e9r\u00e9ales pourrissant dans un entrep\u00f4t humide, ou des produits ab\u00eem\u00e9s \u00e0 l'arri\u00e8re d'un camion. L'intuition est si forte que des programmes entiers sont construits autour d'elle. <\/p>\n<p>Les donn\u00e9es racontent une histoire plus inconfortable. Lorsque les chercheurs ont retrac\u00e9 les sources des pertes, la plus grande part s'est produite au stade de la pr\u00e9-r\u00e9colte, qui dans cette analyse inclut les pertes survenant avant et pendant la r\u00e9colte. Environ les trois quarts de ce que les producteurs perdent, mesur\u00e9 en volume, disparaissent au champ : d\u00e9vor\u00e9s par les ravageurs, frapp\u00e9s par les maladies, \u00e9touff\u00e9s par les mauvaises herbes, ruin\u00e9s par une pluie trop forte ou inexistante, ou perdus en raison de retards de r\u00e9colte et\/ou de l'utilisation de techniques et d'outils de r\u00e9colte inad\u00e9quats.  <\/p>\n<p>Trois agriculteurs de haricots sur quatre ont d\u00e9clar\u00e9 avoir subi des ravageurs ou des maladies pendant la saison de croissance et y ont r\u00e9pondu en utilisant des bio-pesticides et un d\u00e9sherbage manuel. Plut\u00f4t que de provoquer des pertes mesurables dans la quantit\u00e9 de r\u00e9colte avant qu'elle ne soit produite, ces d\u00e9fis ont principalement affect\u00e9 la qualit\u00e9 des haricots avant la r\u00e9colte. Les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les ravageurs et les maladies peuvent r\u00e9duire la qualit\u00e9 des grains, rendant une partie de la r\u00e9colte moins apte \u00e0 la vente ou \u00e0 la consommation, m\u00eame lorsqu'elle reste r\u00e9coltable.  <\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"958\" height=\"679\" src=\"https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-153858\" srcset=\"https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-3.png 958w, https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-3-300x213.png 300w, https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-3-768x544.png 768w, https:\/\/africa.ifpri.info\/files\/2026\/07\/image-3-60x43.png 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 958px) 100vw, 958px\" \/><\/a><\/figure>\n<p><em>FIGURE 2 : Causes autod\u00e9clar\u00e9es des pertes au stade de la production. Source : Figure 8 de l'article. <\/em><\/p>\n<p>Cela importe parce que cela change l'endroit o\u00f9 l'on chercherait des solutions. Si la plus grande fuite se trouve au champ, alors de meilleures semences, une lutte antiparasitaire plus opportune et une protection contre les al\u00e9as climatiques ne sont pas des pr\u00e9occupations secondaires \u00e0 r\u00e9gler une fois le probl\u00e8me de stockage r\u00e9solu. Elles sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec le probl\u00e8me de stockage.  <\/p>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a>Pourquoi les kilos et les francs racontent des histoires diff\u00e9rentes<\/h2>\n<p>Et pourtant, le champ n'est pas toute l'histoire, car chaque haricot perdu ne co\u00fbte pas le m\u00eame prix.<\/p>\n<p>Ici, la recherche \u00e9tablit une distinction subtile et utile. Mesur\u00e9es en volume, les pertes avant r\u00e9colte dominent. Mesur\u00e9es en valeur, la balance penche dans l'autre sens : les pertes apr\u00e8s r\u00e9colte repr\u00e9sentent pr\u00e8s de 60 % de la valeur perdue, tandis que les pertes avant r\u00e9colte en repr\u00e9sentent environ deux cinqui\u00e8mes. La raison devient plus claire lorsque l'on consid\u00e8re comment la valeur est ajout\u00e9e le long de la cha\u00eene de valeur. Un haricot gagne g\u00e9n\u00e9ralement de la valeur \u00e9conomique \u00e0 mesure qu'il passe de la r\u00e9colte au s\u00e9chage, au d\u00e9corticage, au transport et \u00e0 la commercialisation, car les co\u00fbts suppl\u00e9mentaires de main-d'\u0153uvre, de transformation et de distribution sont incorpor\u00e9s. Par cons\u00e9quent, les pertes survenant plus tard dans la cha\u00eene de valeur peuvent avoir un impact \u00e9conomique plus important par rapport au volume perdu. Cependant, cette relation varie selon les contextes, et la diff\u00e9rence entre les pertes en valeur et en volume est plus prononc\u00e9e dans certains contextes que dans d'autres, comme au Rwanda par rapport au Kenya et au Nigeria.      <\/p>\n<p>Ainsi, les deux extr\u00e9mit\u00e9s de la cha\u00eene exigent de l'attention, pour des raisons diff\u00e9rentes. Le champ est l'endroit o\u00f9 la quantit\u00e9 pure et simple est perdue. Le tron\u00e7on allant du battage \u00e0 la vente est celui o\u00f9 la valeur s'\u00e9chappe. Dans ce tron\u00e7on post-r\u00e9colte, presque tout est fait \u00e0 la main avec des outils simples, et presque tout fuit. Plus de neuf producteurs sur dix ont signal\u00e9 des pertes lors du battage. Environ la moiti\u00e9 a perdu des haricots pendant le s\u00e9chage. Pr\u00e8s des deux tiers en ont perdu lors du d\u00e9corticage. Ce ne sont pas des d\u00e9faillances exotiques. C'est le frottement ordinaire d'une cha\u00eene de valeur qui n'a pas encore \u00e9t\u00e9 dot\u00e9e de meilleurs outils.        <\/p>\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Qui supporte la perte ?<\/h2>\n<p>Un autre sch\u00e9ma m\u00e9rite d'\u00eatre mis en lumi\u00e8re, car il indique qui supporte le co\u00fbt et qui pourrait aider \u00e0 le r\u00e9duire. Les producteurs assument l'\u00e9crasante majorit\u00e9 des pertes, pr\u00e8s des quatre cinqui\u00e8mes du volume, tandis que les commer\u00e7ants qui agr\u00e8gent les haricots n'en repr\u00e9sentent presque aucune. Le fardeau repose carr\u00e9ment sur l'exploitation agricole.  <\/p>\n<p>L'enqu\u00eate s'est \u00e9galement pench\u00e9e de pr\u00e8s sur le genre et l'\u00e2ge, et pour cause : ce travail fait partie d'un effort plus large, soutenu par la Fondation Mastercard, visant \u00e0 cr\u00e9er des moyens de subsistance \u00e9panouissants et dignes pour les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, dans les syst\u00e8mes alimentaires africains. Les r\u00e9sultats sont instructifs. Les jeunes ne repr\u00e9sentent qu'environ 15 % des producteurs de haricots interrog\u00e9s, et les femmes, qui portent depuis longtemps cette culture, ont tendance \u00e0 r\u00e9colter moins et \u00e0 perdre diff\u00e9remment des hommes. Pourtant, les jeunes qui cultivent ont montr\u00e9 un avantage discret : ils \u00e9taient plus rapides \u00e0 adopter la lutte int\u00e9gr\u00e9e contre les ravageurs et les bio-pesticides, tandis que les agriculteurs plus \u00e2g\u00e9s s'appuyaient uniquement sur les produits chimiques. C'est un petit d\u00e9tail avec une grande implication. Si les pertes commencent au champ et que les jeunes agriculteurs sont plus ouverts aux m\u00e9thodes qui les r\u00e9duisent, alors impliquer les jeunes n'est pas de la charit\u00e9. C'est une strat\u00e9gie.      <\/p>\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce que bien mesurer rend possible<\/h2>\n<p>Il serait facile de lire une enqu\u00eate comme celle-ci comme un catalogue de probl\u00e8mes. Il est pr\u00e9f\u00e9rable de la comprendre comme une carte. Pendant des ann\u00e9es, la conversation sur les pertes alimentaires au Rwanda et dans une grande partie du monde a repos\u00e9 sur une seule estimation frappante : qu'environ 40 % de l'approvisionnement alimentaire du pays est perdu. Ce chiffre est utile pour tirer la sonnette d'alarme. Il est pratiquement inutile pour l'action, car il ne peut pas vous dire o\u00f9 intervenir.    <\/p>\n<p>C'est l\u00e0 la v\u00e9ritable contribution de ce travail. En mesurant les pertes culture par culture, \u00e9tape par \u00e9tape et acteur par acteur, il transforme un slogan en un ensemble d'adresses. Il dit, en substance : voici o\u00f9 envoyer de meilleures semences, voici o\u00f9 la formation serait rentable, voici o\u00f9 un outil plus solide ou un sac plus serr\u00e9 permettrait d'\u00e9conomiser non seulement des kilos mais aussi de l'argent. On ne peut pas r\u00e9parer ce que l'on n'a pas d'abord accept\u00e9 de compter.   <\/p>\n<p>Les haricots qui disparaissent avant la r\u00e9colte, et ceux qui s'\u00e9chappent apr\u00e8s, ne sont pas une fatalit\u00e9. Ce sont une s\u00e9rie de probl\u00e8mes solubles cach\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur d'une moyenne. La question \u00e0 laquelle le Rwanda est d\u00e9sormais confront\u00e9, arm\u00e9 d'une image plus claire qu'auparavant, est de savoir lequel de ces probl\u00e8mes r\u00e9soudre en premier.  <\/p>\n<p><em>Luciana Delgado \u00e9tait analyste de recherche principale au sein de l'Unit\u00e9 des march\u00e9s, du commerce et des institutions de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI). Josue Niyonsingiza est analyste de recherche principal, et Fantu Bachewe est coordonnateur de recherche au sein de l'Unit\u00e9 des strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement et de la gouvernance de l'IFPRI. <\/em><\/p>\n<p><em>Ce billet est bas\u00e9 sur des recherches qui n'ont pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9es par des pairs. Les opinions exprim\u00e9es sont celles des auteurs. <\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence : <\/strong>Delgado, L., Niyonsingiza, J., & Bachewe, F. (2024). <em>Quantifying food losses in the beans value chain in Rwanda: Analysis and results from a baseline survey<\/em> (SFS4Youth Document de travail n\u00b0 2). Washington, DC : Institut international de recherche sur les politiques alimentaires. Disponible \u00e0 l'adresse : <a href=\"https:\/\/hdl.handle.net\/10568\/152031\">https:\/\/hdl.handle.net\/10568\/152031<\/a>  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Luciana Delgado, Josue Niyonsingiza, Fantu Bachewe et Audrey Lulu Mandi Points cl\u00e9s \u00e0 retenir : Cet article est bas\u00e9 sur une recherche qui n'a pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e par des pairs. Au Rwanda, le haricot n'est pas un accompagnement. C'est le repas. 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