{"id":18645,"date":"2022-06-22T10:28:46","date_gmt":"2022-06-22T10:28:46","guid":{"rendered":"https:\/\/africanew.ifpri.info\/?p=18645"},"modified":"2023-03-27T10:11:47","modified_gmt":"2023-03-27T10:11:47","slug":"la-crise-russo-ukrainienne-menace-la-securite-alimentaire-du-nigeria-mais-offre-des-opportunites-potentielles-pour-les-secteurs-des-engrais-et-de-lenergie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/2022\/06\/22\/la-crise-russo-ukrainienne-menace-la-securite-alimentaire-du-nigeria-mais-offre-des-opportunites-potentielles-pour-les-secteurs-des-engrais-et-de-lenergie\/","title":{"rendered":"La crise Russo-Ukrainienne menace la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du Nigeria, mais offre des opportunit\u00e9s pour les secteurs des engrais et de l&#8217;\u00e9nergie."},"content":{"rendered":"<div class=\"group-blog-main-header field-group-html5 content-fields-prefix\">\n<div class=\"author-wrapper\">\n<div class=\"field field--name-field-pub-author field--type-string field--label-hidden field__items\">\n<div class=\"field__item\">PAR BEDRU BALANA, KWAW ANDAM, MULUBRHAN AMARE, DOLAPO ADEYANJU ET DAVID LABORDE<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La hausse actuelle des prix des principales denr\u00e9es alimentaires sur le march\u00e9 mondial <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/3\/cc0069en\/cc0069en.pdf\">refl\u00e8te presque celle de la crise alimentaire de 2008<\/a>, ce qui repr\u00e9sente une menace mondiale pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. La situation est particuli\u00e8rement grave en Afrique, o\u00f9 la pand\u00e9mie de COVID-19 et maintenant la crise Russo-Ukrainienne ont mis en \u00e9vidence la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des syst\u00e8mes alimentaires \u00e0 des chocs majeurs, notamment dans des pays comme le Nigeria qui d\u00e9pendent fortement des importations des principaux aliments de base tels que le riz et le bl\u00e9.<\/p>\n<p>Avec la flamb\u00e9e des prix des denr\u00e9es alimentaires \u00e0 l'\u00e9chelle mondiale et l'interruption des approvisionnements en bl\u00e9, en huile et en autres produits en raison de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, le Nigeria est confront\u00e9 \u00e0 un certain nombre de menaces pour sa s\u00e9curit\u00e9 alimentaire d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9caire. \u00c9tant donn\u00e9 que plus de 50 % des aliments consomm\u00e9s par les m\u00e9nages Nig\u00e9rians proviennent de sources achet\u00e9es, l'inflation des prix alimentaires menace de placer de nombreuses personnes dans une situation d'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire qui s'aggrave. En particulier, la d\u00e9pendance du Nigeria \u00e0 l'\u00e9gard des importations de bl\u00e9 peut entra\u00eener des prix \u00e9lev\u00e9s et des probl\u00e8mes d'approvisionnement. Dans le m\u00eame temps, cependant, la capacit\u00e9 du Nigeria \u00e0 produire d'autres produits cl\u00e9s - notamment des engrais et du gaz naturel - pourrait lui permettre de tirer parti des perturbations du march\u00e9 mondial dues \u00e0 la crise.<\/p>\n<p>Dans cet article, nous examinons comment les perturbations de l'approvisionnement en bl\u00e9 et la flamb\u00e9e des prix caus\u00e9e par le conflit entre la Russie et l'Ukraine peuvent exacerber l'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Nigeria, et nous explorons \u00e9galement les opportunit\u00e9s potentielles du pays dans le secteur \u00e9mergent des engrais et les industries \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p><strong>La situation de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Nigeria<\/strong><\/p>\n<p>Le Nigeria est particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable \u00e0 la flamb\u00e9e actuelle des prix alimentaires mondiaux. Avec une population de pr\u00e8s de 217 millions d'habitants (environ 15 % de la population africaine), le Nigeria est le pays le plus peupl\u00e9 et la plus grande \u00e9conomie d'Afrique. Cependant, comme la plupart des pays d'Afrique au sud du Sahara, le Nigeria pr\u00e9sente des taux de pauvret\u00e9 \u00e9lev\u00e9s, avec 42,6 % de la population vivant sous le seuil de pauvret\u00e9, un taux de ch\u00f4mage de 33 % et le double d\u00e9fi de l'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de la malnutrition aigu\u00eb (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2499\/9780896294219\">Ecker et al., 2021<\/a>), avec 35 % des enfants de moins de 5 ans souffrant d'un retard de croissance, selon l'<a href=\"https:\/\/www.dhsprogram.com\/pubs\/pdf\/FR359\/FR359.pdf\">Enqu\u00eate D\u00e9mographique et Sanitaire du Nigeria<\/a>.<\/p>\n<p>Le Nigeria est l'un des 10 pays comptant le plus grand nombre de personnes en situation de crise alimentaire, selon le <a href=\"https:\/\/docs.wfp.org\/api\/documents\/WFP-0000138913\/download\/?_ga=2.135334833.1847699503.1652347242-138873480.1650258747\">Rapport Mondial sur les Crises Alimentaires 2022 :<\/a> 12,94 millions de personnes \u00e9taient en situation d'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire aigu\u00eb en Octobre-D\u00e9cembre 2021 (l'analyse du rapport couvre 21 des 36 \u00c9tats du pays, ainsi que le territoire de la Capitale F\u00e9d\u00e9rale). Comme le montrent les \u00e9tudes de l'IFPRI (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2499\/p15738coll2.133846\">Andam et al., 2020<\/a>; <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.foodpol.2021.102099\">Abay et al., 2021; Amare et al. 2021<\/a>; <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2499\/p15738coll2.134805\">Balana et al., 2020<\/a>) sur les effets du COVID-19 sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Nigeria montrent que les chocs induits par le COVID-19 ont exacerb\u00e9 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et l'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire des m\u00e9nages Nig\u00e9rians.<\/p>\n<p><strong>Importations de bl\u00e9 du Nigeria (2016-2020)<\/strong><\/p>\n<p>Le Nigeria est un \u00e9norme consommateur et importateur de produits \u00e0 base de bl\u00e9. Selon la <a href=\"https:\/\/www.cbn.gov.ng\/\">Banque Centrale du Nigeria (CBN)<\/a>, le bl\u00e9 est la troisi\u00e8me c\u00e9r\u00e9ale la plus consomm\u00e9e au Nigeria apr\u00e8s le ma\u00efs et le riz, la production nationale ne repr\u00e9sentant que 1 % des 5 \u00e0 6 millions de tonnes m\u00e9triques de bl\u00e9 consomm\u00e9es chaque ann\u00e9e. Comme le montre la figure 1, le Nigeria a import\u00e9 du bl\u00e9 pour une valeur de plus de 2,15 milliards de dollars en 2020, soit une hausse de 40 % par rapport \u00e0 l'ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, et s'est class\u00e9 quatri\u00e8me importateur mondial de bl\u00e9 apr\u00e8s l'\u00c9gypte, la Chine et la Turquie en 2020, faisant de cette denr\u00e9e l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important de la facture d'importation apr\u00e8s les produits p\u00e9troliers (tels que l\u2019essence et diesel) et le produit alimentaire le plus import\u00e9 au Nigeria ( Bureau National des Statistiques (NBS), 2021). La Russie \u00e9tait la deuxi\u00e8me source la plus importante d'importation de bl\u00e9 en 2020 (401 millions de dollars), derri\u00e8re les \u00c9tats-Unis (518 millions de dollars).<\/p>\n<p><strong>Figure 1<\/strong><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" id=\"datawrapper-chart-jXVE8\" title=\"Nigeria's wheat imports in million USD\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/jXVE8\/1\/\" width=\"800\" height=\"410\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" aria-label=\"Grouped Bars\" data-mce-fragment=\"1\"><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>\n<p>La d\u00e9pendance du Nigeria \u00e0 l'\u00e9gard des importations ne devrait pas diminuer de sit\u00f4t, en raison de probl\u00e8mes fondamentaux tels que la faible adoption des technologies agricoles (qui permettraient d'am\u00e9liorer les rendements), la lenteur des progr\u00e8s en mati\u00e8re de recherche et de d\u00e9veloppement agricoles, et les chocs tels que les catastrophes climatiques et les conflits arm\u00e9s. Par exemple, la production nationale de cultures de base, notamment de c\u00e9r\u00e9ales, n'est pas en mesure de r\u00e9pondre \u00e0 la demande alimentaire int\u00e9rieure ; 99 % du bl\u00e9 consomm\u00e9 au Nigeria est import\u00e9, et sur les 7 millions de tonnes m\u00e9triques de riz consomm\u00e9es annuellement, <a href=\"https:\/\/www.premiumtimesng.com\/news\/headlines\/498442-two-million-metric-tons-of-rice-smuggled-into-nigeria-annually-senate-committee.html\">2 millions de tonnes m\u00e9triques<\/a> proviennent de l'\u00e9tranger par la contrebande, en partie \u00e0 travers les fronti\u00e8res terrestres - malgr\u00e9 l'interdiction officielle d'importer du riz au Nigeria.<\/p>\n<p>Ainsi, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du pays \u00e9tait vuln\u00e9rable \u00e0 la volatilit\u00e9 des prix alimentaires mondiaux avant m\u00eame le d\u00e9but de la pand\u00e9mie de COVID-19 et la r\u00e9cente crise Russo-Ukrainienne. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 s'explique par le fait que le Nigeria continue de s'appuyer sur l'<a href=\"https:\/\/www.trade.gov\/country-commercial-guides\/nigeria-prohibited-and-restricted-imports\">interdiction et la restriction des importations<\/a> pour encourager la production alimentaire nationale, ce qui entra\u00eene g\u00e9n\u00e9ralement une hausse des prix des produits alimentaires import\u00e9s et locaux <a href=\"https:\/\/openknowledge.worldbank.org\/handle\/10986\/37295\">(Banque Mondiale, 2022)<\/a>.<\/p>\n<p><strong>La hausse des prix du bl\u00e9 et son incidence sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Nigeria<\/strong><\/p>\n<p>La hausse des prix \u00e0 la suite de la pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 un probl\u00e8me majeur. Les donn\u00e9es de la <a href=\"https:\/\/microdata.worldbank.org\/index.php\/catalog\/3712\">Banque Mondiale\/NBS Nigeria - COVID-19 National Longitudinal Phone Survey 2020<\/a> montrent que les prix des aliments ont connu une hausse rapide imm\u00e9diatement apr\u00e8s le d\u00e9but de la pand\u00e9mie. En mars 2021, l'inflation des prix des produits alimentaires de base a atteint 23 %, le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes (NBS, 2021), et des donn\u00e9es r\u00e9centes du <a href=\"https:\/\/www.nigerianstat.gov.ng\/\">Bureau National des statistiques<\/a> du Nigeria (NBS) montrent que l'inflation des prix alimentaires s'est poursuivie en mars 2022.<\/p>\n<p>Des r\u00e9sultats r\u00e9cents utilisant des donn\u00e9es mensuelles compl\u00e8tes et \u00e0 long terme sur les prix des denr\u00e9es alimentaires ont montr\u00e9 que les prix de tous les produits alimentaires s\u00e9lectionn\u00e9s ont augment\u00e9 de mani\u00e8re significative pendant la pand\u00e9mie, par exemple, les prix du riz et du bl\u00e9 import\u00e9s ont augment\u00e9 de 41% et 21%, respectivement (Amare et al., 2022).<\/p>\n<p><strong>Figure 2<\/strong><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" id=\"datawrapper-chart-yftQj\" title=\"Price of wheat in Nigeria\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/yftQj\/1\/\" width=\"800\" height=\"410\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" aria-label=\"Interactive line chart\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La figure 2 montre l'\u00e9volution des prix du bl\u00e9 au niveau national et en moyenne dans les six zones g\u00e9opolitiques du Nigeria. Les niveaux et la r\u00e9partition des prix du bl\u00e9 avant la pand\u00e9mie \u00e9taient relativement stables. Au niveau national, le prix du bl\u00e9 a augment\u00e9 de 21 % et les r\u00e9gions ont connu une augmentation significative de la r\u00e9partition des prix sur les march\u00e9s apr\u00e8s le d\u00e9but de la pand\u00e9mie, et les prix continuent d'augmenter.<\/p>\n<p>La farine de bl\u00e9 est, bien entendu, le principal ingr\u00e9dient du pain et d'autres confiseries telles que les p\u00e2tes, les nouilles, la semoule et d'autres aliments qui qui constituent la base du garde-manger au Nigeria. Si la consommation de ces produits est plus \u00e9lev\u00e9e dans les zones urbaines, en raison d'un meilleur acc\u00e8s aux march\u00e9s, que dans les zones rurales, le pain reste un aliment de base important dans tout le pays. Les prix de la farine de bl\u00e9 - relativement stables jusqu'en 2019 - ont augment\u00e9 d'environ 3 % lorsque la pand\u00e9mie de COVID-19 a frapp\u00e9, puis de 28 % plus tard en 2020. Depuis lors, les prix int\u00e9rieurs de la farine de bl\u00e9 ont continu\u00e9 d'augmenter \u00e0 la fois en glissement annuel et en glissement mensuel (figure 3). Une tendance similaire peut \u00eatre observ\u00e9e pour le pain, qu'il soit tranch\u00e9 ou non ; les prix \u00e9taient stables avant la pand\u00e9mie de COVID-19 mais n'ont cess\u00e9 d'augmenter depuis.<\/p>\n<p><strong>Figure 3<\/strong><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" id=\"datawrapper-chart-Sqrs2\" title=\"Prices of wheat-related products in Nigeria\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/Sqrs2\/4\/\" width=\"800\" height=\"410\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" aria-label=\"Interactive line chart\" data-mce-fragment=\"1\"><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd'hui, les perturbations du march\u00e9 mondial li\u00e9es \u00e0 la guerre et la hausse des prix entra\u00eeneront une p\u00e9nurie de produits et des prix locaux encore plus \u00e9lev\u00e9s au Nigeria. Les consommateurs pourraient modifier leurs habitudes de consommation et se tourner vers des substituts moins chers comme les produits \u00e0 base de manioc ; les producteurs pourraient \u00eatre contraints de r\u00e9duire la qualit\u00e9 de leurs produits en m\u00e9langeant de la farine de bl\u00e9 avec des substituts comme les farines de sorgho et de ma\u00efs afin de maintenir les prix stables et de rester comp\u00e9titifs sur le march\u00e9. Cela affectera la qualit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des aliments et pourrait avoir des implications nutritionnelles n\u00e9gatives.<\/p>\n<p>Alors que le pays cherche \u00e0 r\u00e9duire sa d\u00e9pendance excessive \u00e0 l'\u00e9gard des importations de bl\u00e9, il serait peut-\u00eatre opportun de revoir la politique d'\"<a href=\"https:\/\/www.aprnetworkng.org\/Journal\/J6\/Vol%206%20Paper%202.pdf\">inclusion du manioc<\/a>\" lanc\u00e9e en 2002 sous la pr\u00e9sidence d'Olusegun Obasanjo, qui pr\u00e9conisait de substituer au moins 10 % de farine de manioc de haute qualit\u00e9 au bl\u00e9 dans la fabrication du pain et des confiseries<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>Si cette politique a \u00e9chou\u00e9 dans le pass\u00e9 en raison du non-respect des r\u00e8gles par les minotiers et d'autres facteurs, une version de cette politique pourrait fonctionner dans les conditions actuelles.<\/p>\n<p>Compte tenu de la n\u00e9cessit\u00e9 urgente pour le Nigeria de r\u00e9duire sa d\u00e9pendance au bl\u00e9, il est peut-\u00eatre temps de reconsid\u00e9rer la suppression, au moins temporaire, du <a href=\"https:\/\/apps.fas.usda.gov\/newgainapi\/api\/report\/downloadreportbyfilename?filename=Nigeria%20Introduces%20Levy%20on%20Wheat%20Grain%20_Lagos_Nigeria_8-31-2012.pdf\">pr\u00e9l\u00e8vement de 15 % sur les importations de grains de bl\u00e9<\/a> introduit en 2012 afin de stimuler la production locale de manioc pour remplacer la farine de bl\u00e9 par de la farine de manioc dans la production de boulangerie et promouvoir la production nationale de bl\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Engrais - une opportunit\u00e9 d'exportation<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si la situation de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire semble de plus en plus inqui\u00e9tante, la crise peut cr\u00e9er des opportunit\u00e9s pour l'industrie Nig\u00e9riane des engrais. La demande int\u00e9rieure annuelle d'engrais du Nigeria est d'environ 700 000 tonnes m\u00e9triques de nutriments (FAOSTAT) ; en 2019, le pays produisait 1 million de tonnes m\u00e9triques par an (d'ici 2019) avec 61 <a href=\"https:\/\/vifaanigeria.org\/#\/nigeria\/directory\">usines de production et de m\u00e9lange d'<\/a>engrais. Cette situation devrait d\u00e9sormais changer avec l'<a href=\"https:\/\/statehouse.gov.ng\/news\/nigerias-dependence-on-imported-products-to-end-soon-president-buhari-says-at-inauguration-of-dangotes-3m-metric-tonnes-fertilizer-plant\/\">inauguration en Mars 2022 de l'usine d'engrais Dangote - dont la<\/a> capacit\u00e9 de production est de 3 millions de tonnes m\u00e9triques d'ur\u00e9e granul\u00e9e par an. Le Nigeria devient ainsi le premier producteur d'engrais du continent africain. Lors de la c\u00e9r\u00e9monie d'inauguration de l'usine, le pr\u00e9sident <a href=\"https:\/\/statehouse.gov.ng\/news\/nigerias-dependence-on-imported-products-to-end-soon-president-buhari-says-at-inauguration-of-dangotes-3m-metric-tonnes-fertilizer-plant\/\">Muhammadu Buhari a d\u00e9clar\u00e9<\/a> que le Nigeria allait commencer \u00e0 exporter de l\u2019engrais.<\/p>\n<p>La Russie \u00e9tant l'un des principaux exportateurs d'engrais au monde, et le conflit et les sanctions perturbant les march\u00e9s mondiaux, les pays importateurs cherchent des sources alternatives. L'investissement opportun du Nigeria dans le secteur des engrais le positionne comme une alternative appropri\u00e9e et une plaque tournante r\u00e9gionale pour les engrais, ce qui pourrait contribuer \u00e0 r\u00e9duire certains des impacts n\u00e9gatifs de la crise sur les pays importateurs d'engrais, en particulier ceux d'Afrique occidentale.<\/p>\n<p><strong>Le gaz naturel - une opportunit\u00e9 de bien-\u00eatre \u00e9conomique et social<\/strong><\/p>\n<p>La qu\u00eate de l'Europe pour trouver d'autres march\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques et r\u00e9duire sa d\u00e9pendance excessive \u00e0 l'\u00e9gard du p\u00e9trole et du gaz russes repr\u00e9sente \u00e9galement une opportunit\u00e9 pour le Nigeria. Le <a href=\"https:\/\/eur03.safelinks.protection.outlook.com\/?url=https%3A%2F%2Fenergychamber.org%2Fwp-content%2Fuploads%2FAEC-Outlook-2022_b.pdf&amp;data=05%7C01%7CB.Balana%40cgiar.org%7C23be3fb502094983bcf208da292d2168%7C6afa0e00fa1440b78a2e22a7f8c357d5%7C0%7C0%7C637867571068635649%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJWIjoiMC4wLjAwMDAiLCJQIjoiV2luMzIiLCJBTiI6Ik1haWwiLCJXVCI6Mn0%3D%7C3000%7C%7C%7C&amp;sdata=gsBDiGERrHEcr0zL9zBhXONswB2C7PLNtGbXkVjfcAo%3D&amp;reserved=0\">Rapport sur les Perspectives de la Chambre Africaine de l'Energie (2022)<\/a> estime que la production de gaz du Nigeria passera de 1 450 milliards de pieds cubes (bcf) en 2021 \u00e0 1 780 bcf en 2022, ce qui am\u00e9liorera la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique nationale et facilitera l'augmentation des exportations vers les march\u00e9s Europ\u00e9ens et autres.<\/p>\n<p>Le Nigeria est \u00e9galement un <u>fournisseur attitr\u00e9 <\/u><a href=\"https:\/\/eur03.safelinks.protection.outlook.com\/?url=https%3A%2F%2Fenergychamber.org%2Fwp-content%2Fuploads%2FAEC-Outlook-2022_b.pdf&amp;data=05%7C01%7CB.Balana%40cgiar.org%7C23be3fb502094983bcf208da292d2168%7C6afa0e00fa1440b78a2e22a7f8c357d5%7C0%7C0%7C637867571068635649%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJWIjoiMC4wLjAwMDAiLCJQIjoiV2luMzIiLCJBTiI6Ik1haWwiLCJXVCI6Mn0%3D%7C3000%7C%7C%7C&amp;sdata=gsBDiGERrHEcr0zL9zBhXONswB2C7PLNtGbXkVjfcAo%3D&amp;reserved=0\">de Gaz Naturel Liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) de plusieurs pays europ\u00e9ens<\/a>. Aujourd'hui, avec ses partenaires, le Niger et l'Alg\u00e9rie, il envisage de construire le Gazoduc Transsaharien, qui permettra de transporter le GNL du Nigeria vers les march\u00e9s Europ\u00e9ens, ce qui permettra au Nigeria d'augmenter ses exportations et \u00e0 l'Europe de diversifier ses sources de gaz naturel.<\/p>\n<p>Toutefois, \u00e9tant donn\u00e9 que les recettes d'exportation nig\u00e9rianes d\u00e9pendent fortement du p\u00e9trole brut (pr\u00e8s de 90 % de toutes les exportations) et que les paiements du service de la dette internationale du pays augmentent au fil du temps (<a href=\"https:\/\/www.cbn.gov.ng\/IntOps\/Payments.asp?PayDate=5\/13\/2022%203:44:33%20PM\">Banque Centrale du Nigeria)<\/a>, les investissements futurs dans l'industrie du gaz naturel d\u00e9pendront des politiques prudentes du pays en mati\u00e8re de fiscalit\u00e9 et de gestion de la dette - ce qui n'est nullement garanti au vu de l'exp\u00e9rience pass\u00e9e, mais reste \u00e0 port\u00e9e de main. Le ratio dette\/PIB du Nigeria, d'environ 32 % en mars 2022, se situe dans une fourchette de service de la dette viable et est relativement faible par rapport \u00e0 d'autres pays d'Afrique occidentale. Il reste donc \u00e0 voir si ces opportunit\u00e9s potentielles dans le contexte de la crise entre la Russie et l'Ukraine contribueront finalement \u00e0 consolider la position du Nigeria en tant que grand exportateur de gaz sur les march\u00e9s mondiaux.<\/p>\n<p><strong>Filets de s\u00e9curit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Compte tenu de l'\u00e9volution rapide de la crise entre l'Ukraine et la Russie, de nombreux Nig\u00e9rians pourraient se retrouver confront\u00e9s \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire accrue dans les mois \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Pour l'instant, le gouvernement n'a pas augment\u00e9 le soutien du filet de s\u00e9curit\u00e9 en r\u00e9ponse \u00e0 la crise Ukrainienne. Une source potentielle d'assistance pour l'avenir est le programme <a href=\"https:\/\/fscluster.org\/nigeria\">FSC (Food Security Cluster)<\/a> pour le Nigeria, form\u00e9 par un large partenariat d'organisations internationales. Pendant la pand\u00e9mie, le FSC a fourni une assistance aux Nig\u00e9rians remplissant les conditions requises sous diverses formes, notamment en esp\u00e8ces, en transferts d'argent mobile et en bons d'achat papier et \u00e9lectroniques. En d\u00e9cembre 2020, le FSC a aid\u00e9 plus de 4 millions de personnes.<\/p>\n<p>L'expansion de la production de gaz naturel pourrait \u00e9galement \u00eatre l'occasion de d\u00e9velopper les filets de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Le gouvernement pourrait cr\u00e9er un \"Fonds du Gaz Naturel\" \u00e0 partir des recettes d'exportation pour soutenir des programmes destin\u00e9s \u00e0 prot\u00e9ger les citoyens vuln\u00e9rables en cas de chocs \u00e9conomiques graves. Des approches similaires ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es dans d'autres pays, comme le Ghana, o\u00f9 le <a href=\"https:\/\/www.bog.gov.gh\/ghana-petroleum-funds\/\">Ghana Petroleum Funds<\/a> canalise une partie des recettes p\u00e9troli\u00e8res exc\u00e9dentaires pour \"servir de dotation pour soutenir le d\u00e9veloppement futur\".<\/p>\n<p><strong>Implications politiques<\/strong><\/p>\n<p>Le Nigeria doit \u00e9galement s'attaquer \u00e0 sa d\u00e9pendance \u00e0 l'\u00e9gard des importations alimentaires et \u00e0 d'autres probl\u00e8mes structurels, et renforcer sa r\u00e9sistance \u00e0 long terme aux crises alimentaires et autres chocs. Il peut y parvenir en se concentrant sur les trois domaines politiques cl\u00e9s suivants :<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, pour augmenter la production agricole nationale, le gouvernement peut acc\u00e9l\u00e9rer la mise en \u0153uvre de la nouvelle Politique Nationale de Technologie et d'Innovation Agricoles (<a href=\"https:\/\/guardian.ng\/business-services\/federal-government-to-unveil-new-agriculture-policy\/\">NATIP, 2022-2027<\/a>), en se concentrant sur la promotion des technologies visant \u00e0 am\u00e9liorer la productivit\u00e9 agricole, en particulier pour le bl\u00e9 et les autres principales c\u00e9r\u00e9ales alimentaires. La NATIP s'appuie sur des strat\u00e9gies telles que la m\u00e9canisation rapide, la cr\u00e9ation d'un Fonds de D\u00e9veloppement Agricole, une strat\u00e9gie de vulgarisation relanc\u00e9e, le d\u00e9veloppement de l'\u00e9levage et de la p\u00eache, le d\u00e9veloppement des march\u00e9s et le renforcement des cha\u00eenes de valeur.<\/p>\n<p>Pour s'attaquer efficacement \u00e0 la fois \u00e0 la crise \u00e0 court terme et aux probl\u00e8mes \u00e0 plus long terme, nous recommandons que la mise en \u0153uvre du NATIP commence par un exercice d'\u00e9tablissement des priorit\u00e9s qui estime les rendements des diff\u00e9rentes options politiques en termes de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9, d'am\u00e9lioration de la productivit\u00e9 agricole et d'autres objectifs urgents.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le gouvernement devrait r\u00e9former les politiques commerciales agricoles qui cr\u00e9ent des distorsions. La r\u00e9cente r\u00e9ouverture des fronti\u00e8res terrestres est un pas dans la bonne direction. Ces r\u00e9formes r\u00e9duiraient la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des m\u00e9nages Nig\u00e9rians aux augmentations des prix des denr\u00e9es alimentaires en renfor\u00e7ant le r\u00f4le des march\u00e9s dans la mod\u00e9ration des perturbations de l'offre. L'\u00e9limination des restrictions commerciales est \u00e9galement essentielle \u00e0 la participation et au leadership du Nigeria dans la mise en \u0153uvre de l'accord sur la Zone Continentale Africaine de Libre-\u00e9change (AfCFTA).<\/p>\n<p>Par exemple, \u00e9tant donn\u00e9 l'inflation r\u00e9cente, il est peut-\u00eatre temps de reconsid\u00e9rer les restrictions \u00e0 l'importation de produits alimentaires tels que le riz et la viande de poulet. Un certain nombre de denr\u00e9es alimentaires importantes - dont le ma\u00efs, le sucre et le lait - figurent toujours sur la liste des articles interdits ou restreints ou ne sont pas \u00e9ligibles aux devises pour les importations.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, ce post a mis en \u00e9vidence certains domaines dans lesquels la crise mondiale pourrait entra\u00eener des cons\u00e9quences positives pour le Nigeria. Les r\u00e9sultats Pr\u00e9liminaires de la mod\u00e9lisation par l'IFPRI des impacts des chocs actuels sur les march\u00e9s mondiaux sugg\u00e8rent que la croissance \u00e9conomique du Nigeria en 2022 conna\u00eetra des r\u00e9sultats positifs en raison de l'augmentation des prix du gaz naturel, avec des impacts n\u00e9gatifs compensatoires en raison de l'augmentation des prix des aliments et des engrais. Pour renforcer la r\u00e9silience de l'\u00e9conomie, il faut tirer parti des avantages comparatifs du Nigeria, explorer les march\u00e9s d'exportation (par exemple, les engrais) et investir dans le d\u00e9veloppement des infrastructures pour optimiser la production de ressources telles que le gaz naturel, afin de tirer le meilleur parti des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques \u00e9mergentes.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ifpri.org\/profile\/bedru-balana\"><em>Bedru Balana<\/em><\/a><em> est Chercheur \u00e0 la Division Strat\u00e9gie de D\u00e9veloppement et Gouvernance (DSGD) de l'IFPRI ; <\/em><a href=\"https:\/\/www.ifpri.org\/profile\/kwaw-andam\"><em>Kwaw S. Andam<\/em><\/a><em> est Chercheur \u00e0 la DSGD et Responsable du Programme de l'IFPRI au Nigeria ; <\/em><a href=\"https:\/\/www.ifpri.org\/profile\/mulubrhan-amare\"><em>Mulubrhan Amare<\/em><\/a><em> est Charg\u00e9 de Recherche \u00e0 la DSGD ; <\/em><a href=\"https:\/\/www.ifpri.org\/profile\/dolapo-adeyanju\"><em>Dolapo Adeyanju<\/em><\/a><em> est Analyste de Recherche \u00e0 la DSGD ; <\/em><a href=\"https:\/\/www.ifpri.org\/profile\/david-laborde-debucquet\"><em>David Laborde<\/em><\/a><em> est Charg\u00e9 de Recherche Principal \u00e0 la Division March\u00e9s, Commerce et Institutions de l'IFPRI. Les opinions exprim\u00e9es sont celles des auteurs.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La hausse actuelle des prix des principales denr\u00e9es alimentaires sur le march\u00e9 mondial refl\u00e8te presque celle de la crise alimentaire de 2008<\/p>\n","protected":false},"author":223,"featured_media":17574,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[41,599],"tags":[],"class_list":["post-18645","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news-fr","category-nigeria-fr"],"acf":[],"mb":[],"mfb_rest_fields":["title"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/223"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18645"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18645\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19193,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18645\/revisions\/19193"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17574"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18645"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}