{"id":19569,"date":"2023-11-06T12:35:37","date_gmt":"2023-11-06T12:35:37","guid":{"rendered":"https:\/\/africanew.ifpri.info\/?p=19569"},"modified":"2023-11-06T12:35:37","modified_gmt":"2023-11-06T12:35:37","slug":"un-apercu-de-limpact-genre-de-la-covid-19-dans-les-zones-rurales-du-kenya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa.ifpri.info\/fr\/2023\/11\/06\/un-apercu-de-limpact-genre-de-la-covid-19-dans-les-zones-rurales-du-kenya\/","title":{"rendered":"UN APER\u00c7U DE L&#8217;IMPACT GENRE DE LA COVID-19 DANS LES ZONES RURALES DU KENYA"},"content":{"rendered":"<p>PAR HARRIET MAWIA<\/p>\n<p>Si l'on observe la circulation \u00e0 Nairobi ou si l'on se rendait au march\u00e9 dans de nombreuses r\u00e9gions du Kenya, on pourrait penser que la COVID-19 n'est plus un probl\u00e8me majeur. Les espaces publics semblent aussi bond\u00e9s et anim\u00e9s que jamais. Mais le pays s'est-il vraiment remis de cette crise ?<\/p>\n<p>Dans les zones rurales du Kenya, la pand\u00e9mie a pos\u00e9 de graves probl\u00e8mes dont les effets se font encore sentir, en particulier chez les femmes. J'ai r\u00e9cemment parl\u00e9 avec Esther (un pseudonyme) de son exp\u00e9rience, une petite agricultrice du comt\u00e9 de Nyandarua, au nord-ouest de Nairobi. Esther cultive des l\u00e9gumes et des pommes de terre sur une ferme d'un demi-hectare et vend ses produits sur un march\u00e9 voisin, \u00e0 cinq kilom\u00e8tres de sa ferme. \"J'ai 42 ans, j'ai trois enfants, trois gar\u00e7ons, et je vis avec mon mari\", explique Esther. \"En 2020 et 2021, j'ai eu du mal \u00e0 acheter des intrants et \u00e0 vendre mes r\u00e9coltes en raison de blocages, de probl\u00e8mes de transport et entre autres. La petite entreprise de mon mari a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e par la COVID-19, car il n'a pas pu engranger les b\u00e9n\u00e9fices comme avant. J'ai perdu mes revenus et nous avons d\u00fb nous nourrir de tout ce que nous pouvions trouver dans notre ferme ; parfois, nous ne pouvions prendre qu'un seul repas par jour.<\/p>\n<p>Notre conversation ajoute un contexte aux r\u00e9sultats d'une s\u00e9rie d'enqu\u00eates t\u00e9l\u00e9phoniques de l'IFPRI aupr\u00e8s d'hommes et de femmes dans le Kenya rural (dans le cadre d'une <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2499\/p15738coll2.135042\">\u00e9tude plus large<\/a> des impacts sexosp\u00e9cifiques du COVID-19 sur sept pays d'Afrique au sud du Sahara et d'Asie du Sud). Pour mieux comprendre les premiers impacts de la pand\u00e9mie de la COVID-19 sur les m\u00e9nages ruraux du Kenya, les chercheurs de l'IFPRI ont men\u00e9 quatre s\u00e9ries d'enqu\u00eates t\u00e9l\u00e9phoniques entre septembre 2020 et f\u00e9vrier 2021. Plus de 70 % des m\u00e9nages participant \u00e0 l'enqu\u00eate ont subi des pertes de revenus dues \u00e0 la pand\u00e9mie de la COVID-19. Les femmes \u00e9taient l\u00e9g\u00e8rement plus susceptibles de signaler des pertes de revenus li\u00e9es \u00e0 la pand\u00e9mie lors des trois premi\u00e8res s\u00e9ries (et en particulier lors de la troisi\u00e8me s\u00e9rie, en novembre 2020). Lors du quatri\u00e8me cycle (f\u00e9vrier 2021), lorsque le nombre de cas de COVID-19 a augment\u00e9, les hommes ont \u00e9t\u00e9 plus nombreux \u00e0 d\u00e9clarer des pertes de revenus.<\/p>\n<p>Comme le montre l'exp\u00e9rience d'Esther, la pand\u00e9mie de la COVID-19 a eu des effets sans pr\u00e9c\u00e9dent sur la vie et les moyens de subsistance des hommes et des femmes en milieu rural, o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s entre les sexes persistent en mati\u00e8re d'acc\u00e8s et de contr\u00f4le des ressources productives et des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques. Pour faire face \u00e0 la perte de revenus, Esther a utilis\u00e9 ses \u00e9conomies et vendu son b\u00e9tail (des porcs) pour gagner un peu d'argent et faire tourner sa ferme. L'exp\u00e9rience d'Esther correspond aux r\u00e9sultats de l'enqu\u00eate t\u00e9l\u00e9phonique, qui a montr\u00e9 que la majorit\u00e9 des hommes et des femmes des zones rurales ont utilis\u00e9 leurs \u00e9conomies, vendu des actifs et emprunt\u00e9 de l'argent pour faire face \u00e0 la perte de revenus. Selon l'enqu\u00eate, le recours \u00e0 l'\u00e9pargne personnelle a \u00e9t\u00e9 la principale strat\u00e9gie d'adaptation pour faire face aux pertes de revenus li\u00e9es \u00e0 la pand\u00e9mie au d\u00e9but de la crise, lorsqu'il y avait des couvre-feux et des restrictions de mouvement ; 67 % des hommes et 61 % des femmes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir eu recours \u00e0 l'\u00e9pargne. Lors des phases ult\u00e9rieures, l'\u00e9pargne a \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9e et les m\u00e9nages ont eu davantage recours \u00e0 l'emprunt et \u00e0 la r\u00e9duction de la consommation alimentaire.<\/p>\n<p>La proportion de personnes interrog\u00e9es, hommes et femmes confondus, ayant d\u00e9clar\u00e9 avoir r\u00e9duit leur consommation est rest\u00e9e comprise entre 32 % et 46 % d'un cycle d'enqu\u00eate \u00e0 l'autre. En outre, entre 42 % et 51 % des hommes et des femmes ont d\u00e9clar\u00e9 avoir emprunt\u00e9 pour faire face aux pertes de revenus au cours des premi\u00e8res phases de la pand\u00e9mie. Les principales sources d'emprunt \u00e9taient les amis et la famille, suivis par les groupes d'entraide et les groupes d'\u00e9pargne villageois. Certaines personnes interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 avoir re\u00e7u des fonds par le biais d'applications de pr\u00eat. Lors de ma conversation avec Esther, elle a mentionn\u00e9 l'utilisation de Fuliza, une plateforme de pr\u00eat de la Safaricom Mobile Company qui fournit un cr\u00e9dit instantan\u00e9 aux clients qualifi\u00e9s de Safaricom. Tr\u00e8s peu d'hommes et de femmes ruraux interrog\u00e9s ont emprunt\u00e9 aupr\u00e8s de banques commerciales ou de pr\u00eateurs d'argent.<\/p>\n<p>Bien que le gouvernement ait \u00e9largi les programmes de protection sociale, y compris les programmes de travaux publics, les allocations et les transferts en esp\u00e8ces, qui ont souvent cibl\u00e9 les m\u00e9nages monoparentaux et d'autres groupes vuln\u00e9rables pour les aider \u00e0 faire face \u00e0 la pand\u00e9mie, l'aide n'a souvent pas atteint les r\u00e9sidents ruraux, selon les enqu\u00eates. Une petite partie des m\u00e9nages a d\u00e9clar\u00e9 avoir re\u00e7u des transferts gouvernementaux, en particulier lors des premiers cycles d'enqu\u00eate. Au d\u00e9but de la pand\u00e9mie, les femmes \u00e9taient plus susceptibles que les hommes de d\u00e9clarer avoir re\u00e7u des transferts gouvernementaux, puisque 20 % d'entre elles d\u00e9claraient avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette aide, contre 10 % des hommes.<\/p>\n<p>Esther dit n'avoir re\u00e7u aucune aide de ce type. Elle se souvient avoir donn\u00e9 son nom \u00e0 un programme qui lui avait assur\u00e9 qu'elle recevrait un transfert d'argent. Mais l'argent n'est jamais arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Avec la baisse de ses revenus, Esther ne pouvait plus acheter de produits alimentaires divers. Pendant le premier lockdown du Kenya, entre mars et juin 2020, il lui a \u00e9t\u00e9 difficile d'acheter de la nourriture ou de vendre les produits de sa ferme ; la plupart du temps, son m\u00e9nage a consomm\u00e9 ce qu'il avait produit. Dans nos enqu\u00eates t\u00e9l\u00e9phoniques, la diversit\u00e9 alimentaire minimale pour les femmes (MDD-W) a \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9e pour les hommes et les femmes interrog\u00e9s sur la base d'une p\u00e9riode de rappel de 24 heures afin d'\u00e9valuer l'impact de la COVID-19 sur la nutrition. Lors des premi\u00e8res enqu\u00eates, les hommes avaient environ 20 % de chances de plus que les femmes de d\u00e9clarer que leur r\u00e9gime alimentaire \u00e9tait ad\u00e9quat, c'est-\u00e0-dire qu'ils avaient consomm\u00e9 des aliments appartenant \u00e0 au moins cinq groupes alimentaires diff\u00e9rents au cours des 24 heures pr\u00e9c\u00e9dentes. Seule la moiti\u00e9 environ des femmes interrog\u00e9es ont atteint le niveau minimum de diversit\u00e9 alimentaire. Les groupes d'aliments les plus couramment consomm\u00e9s \u00e9taient les c\u00e9r\u00e9ales, les l\u00e9gumes \u00e0 feuilles sombres et les produits laitiers.<\/p>\n<p>Comme pour l'exp\u00e9rience d'Esther, les r\u00e9sultats de l'enqu\u00eate t\u00e9l\u00e9phonique ont confirm\u00e9 que plus de 65 % des m\u00e9nages, toutes s\u00e9ries confondues, ont connu des changements dans leur acc\u00e8s \u00e0 la nourriture en raison de la pand\u00e9mie. Le quatri\u00e8me tour de l'enqu\u00eate a permis de recueillir la version longue de l'\u00e9chelle d'exp\u00e9rience de l'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire (Food Insecurity Experience Scale - FIES). Environ la moiti\u00e9 des personnes interrog\u00e9es \u00e9taient en situation d'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire mod\u00e9r\u00e9e ou grave selon cette \u00e9chelle.<\/p>\n<p><strong>Conclusions<\/strong><\/p>\n<p>La pand\u00e9mie de COVID-19 a eu des r\u00e9percussions consid\u00e9rables sur les populations rurales du Kenya, en particulier sur les femmes, qui perdurent encore aujourd'hui. Les strat\u00e9gies d'adaptation utilis\u00e9es pour faire face aux pertes de revenus ont r\u00e9duit l'\u00e9pargne et les actifs. Par exemple, Esther n'a pas \u00e9t\u00e9 en mesure d'acheter de nouveaux porcs pour remplacer ceux qu'elle a vendus, et elle s'inqui\u00e8te des dettes contract\u00e9es dans le cadre des pr\u00eats COVID-19. Les femmes rurales, d\u00e9j\u00e0 moins susceptibles d'avoir un r\u00e9gime alimentaire ad\u00e9quat que les hommes, ont vu la qualit\u00e9 de leur alimentation se d\u00e9t\u00e9riorer. La plupart des m\u00e9nages interrog\u00e9s, ainsi qu'Esther, n'ont pas re\u00e7u d'aide gouvernementale ou non gouvernementale pendant la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>Avec la hausse des prix des denr\u00e9es alimentaires et des carburants en 2022, les effets persistants de la pand\u00e9mie de COVID-19 se sont transform\u00e9s en une crise permanente. Pour r\u00e9duire les effets n\u00e9gatifs sur les populations rurales et urbaines souffrant d'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire, le gouvernement du Kenya devrait augmenter les transferts d'argent liquide en fonction des besoins afin d'am\u00e9liorer l'alimentation des populations rurales et des populations urbaines mal desservies, et identifier des produits de cr\u00e9dit abordables susceptibles d'all\u00e9ger l'endettement s\u00e9v\u00e8re des agriculteurs. Pour contrer les difficult\u00e9s suppl\u00e9mentaires li\u00e9es \u00e0 la hausse des prix des carburants et des engrais, les gouvernements des comt\u00e9s devraient aider les communaut\u00e9s rurales \u00e0 mettre en place des march\u00e9s locaux plus proches des exploitations agricoles et subventionner les carburants des agriculteurs afin de garantir que les denr\u00e9es alimentaires produites localement atteignent les march\u00e9s. Comme me l'a dit Esther, les agriculteurs sont l'\u00e9pine dorsale de l'\u00e9conomie et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du Kenya. Ils ont besoin de tout le soutien qu'ils peuvent obtenir pour maintenir leurs exploitations en activit\u00e9 en ces temps difficiles.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ifpri.org\/profile\/harriet-mawia\"><em>Harriet Mawia<\/em><\/a><em> est une charg\u00e9e de recherche bas\u00e9e au Kenya au sein de la division Afrique de l'IFPRI. Cet article est \u00e9galement publi\u00e9 sur le <\/em><a href=\"https:\/\/kenya.ifpri.info\/2022\/08\/16\/a-glimpse-into-the-gendered-impacts-of-covid-19-in-rural-kenya\/\"><em>blog du Programme de soutien strat\u00e9gique de l'IFPRI au Kenya<\/em><\/a><em>. <\/em><\/p>\n<p><em>Cette recherche n'a pas encore fait l'objet d'un examen par les pairs. Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e dans le cadre de l'Initiative sur le genre, le changement climatique et la nutrition (<\/em><a href=\"https:\/\/gcan.ifpri.info\/\"><em>GCAN<\/em><\/a><em>) avec le financement d'urgence COVID-19 de l'Agence am\u00e9ricaine pour le d\u00e9veloppement international (USAID). L'initiative GCAN a \u00e9t\u00e9 rendue possible gr\u00e2ce au soutien de <\/em><a href=\"https:\/\/www.feedthefuture.gov\/\"><em>Feed the Future<\/em><\/a><em> par l'interm\u00e9diaire de l'USAID et est associ\u00e9e au programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l'agriculture et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire (<\/em><a href=\"https:\/\/ccafs.cgiar.org\/\"><em>CCAFS<\/em><\/a><em>). <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PAR HARRIET MAWIA Si l'on observe la circulation \u00e0 Nairobi ou si l'on se rendait au march\u00e9 dans de nombreuses r\u00e9gions du Kenya, on pourrait penser que la COVID-19 n'est plus un probl\u00e8me majeur. Les espaces publics semblent aussi bond\u00e9s et anim\u00e9s que jamais. Mais le pays s'est-il vraiment remis de cette crise ? 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