Remédier au déséquilibre de la balance commerciale de l’Afrique

REMéDIER AU DéSéQUILIBRE DE LA BALANCE COMMERCIALE DE L’AFRIQUE

by IFPRI | 13 May 2019

A l’occasion du lancement de la publication intitulée Africa Agriculture Trade Monitor 2018 [Moniteur 2018 du commerce agricole en Afrique], Dr. Ousmane Badiane, directeur Afrique de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), revient sur les opportunités de stimulation du commerce intrarégional en Afrique. Dr. Badiane explique que la classe moyenne croissante en Afrique constitue le moteur du développement des chaînes de valeur des produits alimentaires de base sur le continent.

Comment la croissance des échanges intrarégionaux renforcera-t-elle les économies des États africains ?

Dans la plupart des pays africains, les activités du secteur agricole sont essentiellement orientées vers l’exportation, y compris vers les marchés transfrontaliers régionaux. Pour autant, le secteur enregistre un déficit de demande de 39 milliards d’euros. L’intégration progressive des marchés africains et la libre circulation des produits – à des prix compétitifs et à des coûts raisonnables – à travers les frontières contribueront à mieux positionner les petits exploitants agricoles africains, les rendant ainsi plus compétitifs sur ces marchés et leur permettant de tirer profit du déficit croissant de la demande. Quantité de denrées – telles que le maïs blanc, le manioc et le mil – produites spécifiquement en Afrique sont commercialisées principalement au niveau régional.

L’avenir de l’Afrique et de son secteur agricole repose fortement sur le commerce intra-africain. En effet, l’émergence de la classe moyenne dans les centres urbains à croissance rapide constitue un facteur déterminant de la demande actuelle. Il est bien établi qu’à mesure que les revenus de la classe moyenne augmentent, ces citadins ne s’orientent pas vers l’importation de quantités plus importantes de caviar, de vin et de fromage, mais recherchent plutôt des produits de base locaux plus traditionnels. Ils demandent des produits alimentaires locaux, transformés et faciles à cuisiner, fournis avec un meilleur conditionnement et de meilleures normes de salubrité des aliments. Les intervenants à tous les segments de ces chaînes de valeur émergentes – de l’emballage et de la publicité aux services de sécurité sanitaire des aliments, en passant par la distribution, la transformation et la certification – seraient les principaux bénéficiaires d’un accroissement du commerce agricole intra-africain.

Pouvez-vous décrire quelques contraintes majeures du commerce agricole en Afrique ?

Le manque d’investissement dans les infrastructures, mais aussi des réglementations et des politiques défavorables, entravent la circulation transfrontalière des produits et entraînent une augmentation du coût des échanges commerciaux. Cette situation doit changer. Tant que ces contraintes existeront, elles empêcheront le développement du commerce intrarégional et elles continueront à pénaliser les petits exploitants agricoles. Il est essentiel que les agriculteurs obtiennent un meilleur accès aux marchés régionaux afin d’augmenter leurs revenus. Assurément, le commerce avec les pays voisins en période de pénurie représente une opportunité pour les agriculteurs de gagner plus d’argent. En Afrique de l’Est et de l’Ouest, des efforts sont déployés pour éliminer tous les obstacles politiques et réglementaires à la circulation des marchandises. Toutefois, nous n’avons pas encore remonté la pente ; de nombreux pays ont encore trop souvent recours à des interdictions d’exportation et autres interférences dans leurs relations commerciales avec leurs voisins. Les décideurs politiques doivent comprendre que les marchés qui fonctionnent bien présentent des avantages pour tous les acteurs. Les gouvernements se doivent d’accepter l’idée de marchés communs régionaux dans lesquels les marchandises peuvent circuler librement. Les marchés intrarégionaux font partie de la solution et non du problème.

Quelles sont les principales tendances émergentes du commerce africain et quelles sont leurs implications pour l’avenir du secteur agricole ?

Le secteur des fruits et légumes connaît un élan dynamique, particulièrement en Afrique de l’Ouest. Les exportations de fruits et légumes du Sénégal vers l’UE, par exemple, ont augmenté de 50% par an depuis le début des années 2000. Les haricots verts, les mangues et les tomates cerises comptent parmi les principales exportations. A l’instar du Sénégal, les exportations du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Mali augmentent également. La proximité avec le marché européen ainsi que la demande urbaine croissante ont contribué à stimuler la croissance dans ce secteur.

Autre nouvelle tendance remarquable, la transformation rapide des chaînes de valeur des produits de base traditionnels. Le mil, par exemple, au début des années 1970, n’était disponible à la consommation que dans les régions où cette culture était pratiquée. Aujourd’hui, je peux me procurer des produits à base de mil, fabriqués au Mali ou au Sénégal, dans plusieurs magasins à Washington DC. Le fait que les produits de base transformés aient ainsi intégré le marché de la consommation urbaine constitue une évolution très prometteuse. Les nouvelles entreprises, par dizaines de milliers, qui sont les actrices de cette évolution, doivent avoir accès, d’une part, à la technologie pour stimuler l’innovation en matière de produits et de procédés, et d’autre part, au capital pour investir dans la croissance de leurs activités. Enfin, elles ont besoin d’un cadre réglementaire qui assure la compétitivité. Le chemin est encore long pour permettre aux entreprises de se muer en sociétés commerciales plus grandes et plus rentables et de saisir les opportunités résultant de l’augmentation rapide de la demande de produits alimentaires sur les marchés urbains et transfrontaliers. Retrouvez l’article original ici.