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Des associations de producteurs pour développer la croissance et la transformation agricoles africaines

PAR FLEUR WOUTERSE ET AMY FAYE

Cet article de blog est second d’une série portant sur le Rapport annuel 2020 sur les tendances et les perspectives (ATOR), qui a été lancé lors de la Conférence annuelle 2020 du ReSAKSS, du 3 au 5 novembre.

Le thème du rapport ATOR 2020 est « Soutenir la transformation du système agroalimentaire en Afrique : le rôle des politiques publiques ». Cet article se base sur le chapitre 8 de ce rapport. Lire l’article original ici.

La transformation rurale de l’Afrique est entravée par des difficultés et des opportunités manquées auxquelles les agriculteurs font face pour accéder aux marchés. La plupart de ces problèmes sont dus à un manque de coopération entre agriculteurs — par ex., l’absence d’économie d’échelle — pour accéder aux intrants et commercialiser leurs produits sur le marché. Des mécanismes d’action collective tels que les associations de producteurs pourraient faciliter l’accès des petits exploitants aux intrants et aux marchés.

Le Sénégal compte une multitude d’institutions rurales et d’associations dynamiques à l’échelon national qui représentent les intérêts des producteurs (Figure 1).

(Figure 1).

Le fait de miser sur cette infrastructure institutionnelle pourrait contribuer à l’atteinte d’objectifs stratégiques comme l’intensification de l’agriculture familiale et l’accroissement ainsi que le renforcement de la présence des petits exploitants sur les marchés. Un meilleur accès aux marchés des intrants tels que les engrais et les pesticides peut influer positivement sur les rendements et les revenus agricoles. De meilleurs rendements peuvent être obtenus non seulement en augmentant le nombre d’intrants utilisés, mais également en changeant la façon dont certains intrants sont utilisés entre eux et en les utilisant mieux.

Les données sur les petits exploitants et les Associations d’usagers de l’eau (AUE) au Sénégal nous montrent que l’adhésion aux associations de producteurs peut améliorer la productivité des petits exploitants à deux égards. Tout d’abord, les membres de ces associations sont généralement plus efficaces sur le plan technique, autrement dit, ils produisent plus avec un niveau d’intrants donné. Ensuite, les associations qui sont bien structurées et régies pour atteindre un équilibre entre l’efficacité et l’équité enregistrent de meilleurs rendements économiques. De plus, lorsque les membres sont propriétaires de ces associations, les performances de ces dernières se traduisent directement en bénéfices pour ces membres. L’action collective dans l’agriculture africaine pourrait contribuer à la réalisation des objectifs de la Déclaration de Malabo sur la croissance et la transformation accélérées de l’agriculture à l’horizon 2025, en particulier l’objectif sur la productivité agricole.

Gouverner pour la résilience : les associations de producteurs et la COVID-19 en Afrique

Si l’impact sanitaire de la pandémie de COVID-19 semble modeste en Afrique, l’impact des politiques mises en place pour la combattre, telles que les mesures de distanciation sociale, la fermeture des marchés et la réduction de la mobilité a été ressenti à tous les niveaux. En moyenne, les associations de producteurs interrogées à Madagascar, au Malawi, au Rwanda et en Ouganda, dans le cadre d’un projet, ont fourni moins de services pendant la pandémie. Cette baisse s’explique par le fait que dans de nombreuses régions, les rassemblements étaient interdits, créant ainsi un obstacle considérable aux prises de décisions ordinaires. Le principe « un membre, une voix » qui régit les décisions dans ces associations exige au moins un quorum de présence physique lors des votes. Plusieurs associations se sont néanmoins montrées résilientes pendant cette crise : elles ont soit poursuivi leurs activités, soit imaginé des solutions innovantes, comme la transmission d’informations sur les marchés par téléphone ou radio. Cependant, certaines stratégies d’adaptation, comme le fait d’autoriser les membres à vendre en dehors de l’association, risquent à terme d’affaiblir le capital social. Nous constatons que les facteurs contribuant à la résistance des associations de producteurs sont la cohésion sociale et le capital humain, ainsi que la gestion collective des ressources naturelles.

Repenser l’action collective des institutions pour améliorer leur gouvernance.

Les associations de producteurs ont besoin de soutien supplémentaire qui leur permette de jouer leur rôle dans la transformation agricole et d’améliorer leur résistance. La promotion de l’adhésion aux associations de producteurs constitue l’une des mesures politiques qui pourraient contribuer à des efforts tels que l’intensification de l’agriculture familiale. De plus, une aide dans l’accès à Internet et aux technologies de communications pour les réunions à distance est indispensable afin de maintenir la cohésion sociale et de prendre des décisions. Compte tenu du rôle particulièrement important des gestionnaires dans la résilience des associations, les interventions visant à renforcer le capital managérial sont essentielles. Il convient également d’étudier les moyens d’améliorer la gestion communautaire des ressources naturelles en donnant un rôle clef aux associations de producteurs. Enfin, étant donné que les rendements des agricultrices sont nettement inférieurs et que les associations de producteurs dirigées par des femmes participent moins à la commercialisation collective, les décideurs gagneraient à adopter des politiques tenant compte des questions d’égalité des sexes.

Fleur Wouterse est Chercheuse principale au sein du Centre mondial pour l’adaptation ; Amy Faye est Chercheuse à l’Institut de Recherche agricole au Sénégal