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Séminaire de politique : Impacts de la COVID-19 sur le commerce agricole et la sécurité alimentaire en Afrique

La pandémie de COVID-19 a paralysé de nombreuses exportations agricoles africaines, alors que la dépendance vis-à-vis des importations alimentaires et la baisse du pouvoir d’achat dans la majeure partie du continent menacent de plonger des millions d’autres personnes dans l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Le 17 septembre, un séminaire de politique de l’IFPRI, organisé avec le soutien de l’USAID, a permis de se pencher sur l’interaction des effets macroéconomiques et microéconomiques de la pandémie et de voir comment l’Afrique doit composer avec les marchés internationaux et régionaux pour se redresser sur le plan économique.

Depuis le début de la pandémie, l’USAID a fait appel à l’IFPRI pour faciliter le suivi de l’impact de la COVID-19 sur les marchés et les échanges commerciaux, a déclaré Patterson Brown, Conseiller senior au commerce du Bureau pour la résilience et la sécurité alimentaire de l’USAID. « Nous savions déjà qu’il ne fallait pas attendre, compte tenu de notre expérience de la crise alimentaire de 2007-2008 … laquelle nous a montré que d’importantes décisions de politique commerciale devaient être prises en temps réel et que des informations en temps réel étaient nécessaires pour orienter les meilleures décisions ».

Ces informations sont d’autant plus importantes que le continent africain, dans ce contexte de COVID-19, combat une crise dans plusieurs autres crises, à savoir l’invasion acridienne en Afrique de l’Est, les inondations au Sahel et les conflits généralisés, affirme le Dr Samuel Benin, Directeur adjoint du Bureau Afrique de l’IFPRI.

« Avec une si forte dépendance de la population africaine aux exportations agricoles, toute perturbation des échanges commerciaux peut entraîner de graves conséquences pour l’ensemble du continent », soutient Jane Nalunga, Directrice exécutive du Southern and Eastern Africa Trade Information and Negotiations Institute (SEANTIN) en Ouganda.

Tous les intervenants ont néanmoins souligné que la pandémie a eu des répercussions commerciales diverses à travers l’Afrique. En effet, si le Ghana a connu une baisse de l’accès aux denrées alimentaires en raison de sa dépendance au riz et au blé importés, en Ouganda au contraire, les disponibilités alimentaires sur les marchés intérieurs ont augmenté, notamment du fait de la fermeture des frontières et de la restriction des exportations alimentaires. Les pays à forte dépendance aux exportations pétrolières, aux importations alimentaires, au tourisme, aux envois de fonds ou à d’autres produits d’exportation pour lesquels la demande a fortement chuté ou pour lesquels les coûts de transport ont flambé sont particulièrement vulnérables, explique David Laborde chercheur senior à l’IFPRI.

Le degré de perturbation des échanges commerciaux varie selon le type de produit et le partenaire commercial, explique Poorva Pandya, Directrice générale adjointe et Responsable des Relations internationales, de la Recherche et du Développement à ETG Farmers Foundation (EFF). Selon elle, le basculement de la demande des pays en situation de confinement global a réduit le pouvoir d’achat à l’échelle régionale et la hausse des coûts de transport ou des intrants a perturbé les chaînes d’approvisionnement, même si les agriculteurs ont maintenu leurs niveaux de production.

Le Réseau régional des instituts de recherche sur les politiques agricoles (ReNAPRI), à travers ses dix centres de recherche africains, a constaté une baisse de la qualité des denrées alimentaires et de leur disponibilité en raison de la fermeture des frontières et de la restriction des échanges commerciaux, de même qu’une inflation des prix des denrées alimentaires plus élevée que pour les autres produits. Selon la Coordinatrice principale de programme au ReNAPRI, Nalishebo Meebelo, si la production africaine n’a pas (encore) subi de perturbations majeures, les gouvernements sont conscients que « la pandémie est là pour un moment ». Il convient donc de mettre en place des stratégies permettant aux producteurs d’avoir un accès permanent aux services de vulgarisation, à la recherche et à d’autres intrants, de façon à assurer la pérennité et la croissance de la production régionale future en dépit de la pandémie, a-t-elle ajouté.

Contrairement à la crise alimentaire de 2008, l’année 2020 n’a pas connu de pénuries alimentaires mondiales ni de restrictions sévères à l’exportation. Toutefois, la forte dépendance aux importations de céréales continue de menacer la sécurité alimentaire de certains pays, en particulier dans le nord, le sud et l’ouest de l’Afrique, d’autant plus que les prix de l’indice des produits alimentaires ont augmenté. Joseph Glauber, Chercheur senior à l’IFPRI, explique que malgré sa capacité limitée à décourager les restrictions à l’exportation, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) peut tout de même mettre en place un système d’information transparent, et ce rôle de communication des restrictions à l’exportation et de la disponibilité alimentaire mondiale peut contribuer à apaiser cette panique qui pourrait susciter un protectionnisme commercial accru.

Le ReNAPRI, en partenariat avec l’Université de Washington, examine les réponses politiques africaines à la pandémie dans le but de fournir des orientations aux pays. Les politiques doivent « fonctionner pour les petits exploitants », a déclaré Mme Nalunga, et ce n’est pas toujours le cas. Elle souligne que, par exemple, pour faire face à l’insécurité alimentaire urbaine pendant la pandémie, l’Ouganda s’approvisionnait en denrées alimentaires auprès d’intermédiaires, qui profitaient de la hausse des ventes, « mais que les petits producteurs ne bénéficiaient jamais des achats de denrées alimentaires effectués par le gouvernement ». De la même manière, la plupart des petits producteurs étaient exclus par un système de bons alimentaires en ligne.

Un intervenant du public en ligne demande si la substitution des importations et l’autosuffisance alimentaire à l’échelle nationale pourraient aider l’Afrique à faire face aux chocs commerciaux et à accroître la résilience locale. « Comme pour tout type de spécialisation, une spécialisation [agricole] excessive augmente l’exposition au risque », indique M. Laborde, Chercheur senior à l’IFPRI. Cependant, une connectivité commerciale régionale et mondiale peut réduire le risque. « L’achat de produits alimentaires sur le marché mondial a été un vrai défi pour certains pays à cause de la COVID-19, mais l’autosuffisance ne vous épargnera pas si [vos récoltes] sont détruites par les sauterelles », a-t-il déclaré.

Mme Nalunga a exhorté les décideurs à entreprendre une vaste planification coordonnée pour optimiser les avantages de la substitution des importations et créer de la valeur ajoutée dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Pour elle, la fluctuation des prix mondiaux pour les exportations de matières premières africaines constitue l’un de nos plus grands défis. Les emplois locaux qui ajoutent de la valeur aux produits africains contribuent à la stabilisation des revenus en minimisant l’exposition à l’instabilité mondiale. « Mais on ne va pas importer pour tout remplacer », précise Mme Nalunga. La spécialisation met à profit les avantages comparatifs des zones agroécologiques régionales, du capital ou des spécialités du travail. Certains pays ne peuvent pas produire de façon écologiquement ou économiquement durable certaines denrées alimentaires. Il s’agit donc pour les gouvernements de savoir comment gérer les risques liés à la sécurité alimentaire et à la production alimentaire, en les mutualisant, en les définissant et en les coordonnant à l’échelle régionale et mondiale.

Dans ses remarques finales, le Directeur général de l’IFPRI, Johan Swinnen, a souligné que les réponses politiques à la COVID-19 ne devraient pas se substituer aux recommandations politiques déjà formulées par le passé, comme la réduction des distorsions commerciales et des inefficacités des marchés, et l’augmentation des investissements agricoles, l’éducation et l’accès aux marchés pour les petits exploitants. Pour lui, le commerce africain des produits alimentaires et agricoles constitue une occasion prometteuse de mieux se relever de cette pandémie, à condition que les gouvernements soient à même de se mobiliser pour coordonner des échanges commerciaux efficaces et équitables.

Julie Kurtz est Analyste de recherche à la Division Marchés, Commerce et Institutions de l’IFPRI.

Ce blog a été initialement publié sur IFPRI.org